L'ascension du Ballon d'Alsace - Le Ballon d'Alsace dans la légende du cyclisme

 
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 Le Tour en Alsace-Lorraine
Tour de France1905-1910 : Le premier objectif concernant l'extension du parcours du Tour de France est de se rapprocher le plus possible de la Ligne bleue des Vosges, afin de se souvenir que la terre d’Alsace-Lorraine est à reconquérir, ne serait-ce que par un simple peloton cycliste.

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Sur le Ballon d’Alsace, situé à la frontière et escaladé par les cyclistes pour la première fois en 1905, René Pottier et Henri Cornet se sont livrés une rude bataille qui passionna les spécialistes du cyclisme. Le duel tourna à l’avantage du premier et, au sommet du col, Henri Desgrange fit même installer en 1908 une borne à la gloire de René Pottier, en souvenir de l’exploit qu’il réalisa ce jour-là.

1906 : LE TOUR PASSE A METZ

Le Tour de France franchit la frontière en 1906. Metz n’est qu’à 15 km de la France et l’épreuve pouvait se permettre de passer dans une grande ville frontalière sans s’aventurer trop loin dans le territoire allemand. Henri Desgrange en adresse la requête au printemps au gouverneur d’Alsace-Lorraine, en l'occurrence le comte von Zeppelin Aschhausen, et les autorités allemandes ne voient aucune objection à satisfaire cette requête. Le passage du Tour de France en Alsace-Lorraine provoqua beaucoup d’émotions dans la petite caravane des suiveurs: “De cette rapide promenade de 76 km en terre annexée, comprenant la traversée de Metz, il nous reste une impression ineffaçable. Il faut avoir entendu les acclamations des braves gens qui au passage reconnaissaient en nous des délégués officiels d’un journal français. Il nous faut avoir reçu l’ovation qui nous salua au contrôle de Metz pour s’en rendre compte. Ajoutez à l’explosion de cette joie enthousiaste la tristesse de tous les souvenirs évoqués par les innombrables tertres, tumulus et monuments funéraires qui, dans les plaines par nous traversées, rappellent les sombres journées de Gravelotte, Saint Privat, Reichshoffen, pour glorifier la mémoire des milliers de braves gens tombés là et vous comprendrez quel caractère tout spécial eût pour nous cette courte incursion en Alsace, dans des circonstances aussi spéciales”. Les esprits sont encore très marqués par tous les combats de 1870. Les conséquences de la défaite s’étalent devant les yeux des journalistes et des coureurs cyclistes, et dans leurs propos perce encore l’idée et l’espoir d’une revanche offensive...

LE COMTE ZEPPELIN AIME LE TOUR

Mais cette revanche aura tout d’abord lieu sur le terrain sportif. En effet, de 1907 à 1910, le Tour de France fait désormais étape à Metz. A l’automne 1905, Alphonse Steinès était venu rendre visite au comte Zeppelin, le neveu du célèbre constructeur de dirigeables et gouverneur de Metz depuis 1901. Le comte Zeppelin parle un excellent français, est un personnage très mondain, toujours vêtu à la dernière mode de Paris, et respecte beaucoup le particularisme des Lorrains. En outre, c’est un fervent sportsman et un passionné de cyclisme. Il donna son accord pour le passage de la course dans sa ville, sous réserve que le gouvernement de Berlin ne soit pas opposé au projet. En 1907, l’arrivée se fait devant environ 2 000 personnes et le comte Zeppelin reçoit même les vainqueurs chez lui le lendemain. “La réception du préfet lorrain fut des plus cordiales, le comte Zeppelin faisant entrer les vainqueurs au salon et leur offrant du madère et des gâteaux [...] L’après-midi s’est passée en promenade et en visite de monuments. La relevée de la garde du gouverneur, qui s’effectue à midi, a obtenu surtout un vif succès de curiosité et l’apparition des soldats allemands a causé une impression bizarre”. L’article n’est pas plus explicite, mais Lucien Petit-Breton fraternise avec un soldat allemand. Somme toute, l’ambiance demeure ainsi très militaire, Metz abritant une garnison de près de 25 000 soldats, même si le public a seulement l’impression de venir participer à une fête.

LA LORRAINE SPORTIVE SOUTIENT LA FRANCE

A partir de 1909, la Lorraine Sportive prend en charge la venue du Tour de France à Metz. Cette association, à caractère pro-français, s’est formée en novembre 1908. Son but est de “cultiver les sports et la musique”. En deux ans, elle a ainsi rassemblé plus de 300 membres actifs, et tous portent un uniforme français. Quoi de plus normal alors pour la jeune association que de préparer activement la venue du Tour de France dans sa ville. A l’arrivée à Metz, en 1909, le temps est maussade et le public moins nombreux que les années précédentes (600 personnes). La Lorraine Sportive annonce l’arrivée de chaque concurrent au son du clairon et a prévu des animations en soirée. Cependant, cette arrivée de 1909 a provoqué quelques remous auprès des autorités allemandes: “Pour la première fois depuis 1870, les Messins entendirent le son du clairon. Il paraît que tout cela va se terminer au commissariat de police”. La Lorraine Sportive est très surveillée par le gouvernement berlinois: “[Ils] travaillent sous le couvert de cultiver le sport parmi la jeunesse à développer l’esprit français, à aggraver l’antagonisme entre vieux allemands et à freiner le développement pacifique du pays”. En juillet 1910, la venue du Tour de France apparaît comme une nouvelle tentation pour la Lorraine Sportive de provoquer le gouvernement allemand, et sur le parcours, ses fanfares entament La Marseillaise et Sambre et Meuse au passage des coureurs, alors que tous les symboles français sont désormais interdits en Alsace-Lorraine. Peu à peu, les relations entre la France et l’Allemagne se dégradent. Guillaume II a entrepris une politique d’intimidation envers la France, et envisage de donner à l’Alsace-Lorraine une constitution (ce qui sera fait par un vote du Reichtag le 26 mai 1911). Dans cette atmosphère, la course cycliste du Tour de France ne devenait plus qu’un prétexte à une manifestation du sentiment français en Alsace-Lorraine. Il restait à interdire et à démanteler la Lorraine Sportive, ce qui fut fait le 12 janvier 1911 par un arrêté du président de Lorraine. Guillaume II s’écria “enfin!” et s’opposa au retour du Tour de France.

* : Extraits tirés pages 48-51. Correspondante de Cyclismag, Sandrine Viollet a écrit le livre "Le Tour de France cycliste, 1903-2005", aux éditions L'Harmattan, collections Espaces et Temps du Sport. Toute la semaine, Cyclismag vous propose à travers des thèmes précis de retrouver des extraits de son livre.

Pour toutes informations et commander le livre : www.editions-harmattan.fr
Posté le 21 novembre 2007 à 10:20:12 CET par jean-yves
 
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